Du rêve initial de Paul Gérin-Lajoie au capitalisme scolaire : quel avenir pour l’éducation québécoise?

2014-10-29

Que reste-t-il du printemps érable, la plus grande mobilisation estudiantine et citoyenne de l’histoire du Québec? Lors du Sommet sur l’enseignement supérieur, tenu en février 2013 par le gouvernement Marois de l’époque, on a beaucoup discuté d’accessibilité et du financement de l’enseignement supérieur, mais bien peu des finalités éducatives.

Dans cet automne marqué par l’austérité budgétaire, l’éducation est-elle sur le point d’entrer dans un hiver de force, un présent qui la somme de s’adapter sans possibilité d’en appeler? Chose certaine, la crise sociale de 2012 aura fait la démonstration que les Québécoises et Québécois tiennent au rêve de Paul Gérin-Lajoie, celui de permettre à tous les enfants du Québec d’accéder à une éducation de qualité. Mais de quelle éducation parlons-nous?

À titre d’institution d’enseignement supérieur, le Collège Lionel-Groulx lance un vaste chantier réflexif autour des grands enjeux éducatifs contemporains. Le 5 novembre prochain, de 9 h à 12 h au Théâtre Lionel-Groulx, il débute sa réflexion en conviant la communauté collégiale, et tous ceux qui s’intéressent au devenir de l’éducation, à venir entendre l’historien Éric Bédard et le philosophe Éric Martin réfléchir au sens de l’éducation.

La mutation tranquille : de l’institution au capitalisme académique

Ce n’est pas d’hier que les gouvernements et les industries cherchent à instrumentaliser l’éducation québécoise à des fins d’accumulation économique. Les plus récentes compressions «austéritaires» du gouvernement libéral viennent couronner et consolider les réformes apparues ces dernières années dans le monde académique, lesquelles illustrent la pression croissante que subissent les établissements pour diversifier leur financement et s’arrimer encore plus directement au marché. De nombreuses transformations, notamment les hausses des frais de scolarité, les changements dans la gouvernance, la pédagogie par compétences, les mécanismes d’assurance-qualité et l’« internationalisation » des établissements, font foi de la mutation instrumentale et commerciale de l’enseignement supérieur. Ces transformations sont d’abord apparues dans les universités, mais elles ont aussi essaimé dans les collèges, notamment depuis la réforme Robillard. L’exception québécoise que représentent les collèges est loin d’être à l’abri du processus de commercialisation et du «capitalisme académique» que l’on cherche à mettre en place dans le cadre de l’économie du savoir. Dans cette conférence, j’entends donc vous démontrer comment, historiquement, l’école est passée d’une institution à une organisation inféodée à l’économie du savoir. Une telle critique de cette mutation sociale, il va s’en dire, ne doit pas en rester uniquement au moment négatif, mais tenter de penser positivement ce qu’est l’éducation comme médiation permettant le jugement et l’avènement du citoyen éclairé.

Biographie d’Éric Martin

Eric Martin est docteur en pensée politique (Université d’Ottawa) et professeur au département de philosophie du Collège Édouard-Mont­petit, de même que professeur chargé de cours sur la philosophie de Hegel dans le programme Histoire, Culture et Société de l'UQAM. Il est chercheur-associé à L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) et au Centre interdis­ciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) de l’Université d’Ottawa. Il est aussi membre du Collectif SOCIÉTÉ, de la revue Raisons sociales et collaborateur à la revue Liberté. Il a enseigné en sociologie des médias à L’Université d’Ottawa et à L’UQAM. Il a également contribué à la publication des ouvrages suivants: La tyrannie de la valeur (Écosociété 2014), Les racines de la liberté, (Nota Bene, 2014), Université inc. Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir (Lux, 2011).

De la difficulté à parler (vraiment) d’éducation au Québec…

Jalons historiques

De nos jours, l’éducation intéresse, enflamme même, lorsqu’il est question de décrochage scolaire et de frais de scolarité. Les finalités de ces débats sont avant tout sociales : il s’agit d’offrir à tous l’égalité des chances, d’éviter à tout prix « l’exclusion », de permettre aux plus humbles d’obtenir une qualification, un diplôme. Mais qu’en est-il de la culture générale ? Quelles connaissances fondamentales souhaite-t-on transmettre à l’école ? Qu’en est-il des finalités humanistes ou « civiques » de notre « système » d’éducation ? Je tenterai d’expliquer pourquoi, historiquement, ces questions n’ont jamais occupé une place importante dans nos débats sur l’éducation.

Éric Bédard

Historien et professeur titulaire à la TÉLUQ, l’école supérieure de formation à distance de l’Université du Québec, Éric Bédard a notamment publié Les Réformistes (Boréal, 2009), Recours aux sources (Boréal, 2011) et L’Histoire du Québec pour les nuls (First, 2012). De 2006 à 2011, il a été chroniqueur à l’émission Ouvert le samedi (Première chaîne de Radio-Canada) et, de 2011 à 2014, au Journal de Montréal (série : « Le Québec, une histoire de famille »). Il anime également l’émission À la page sur la chaîne MAtv depuis 2012. En 2006, il avait cofondé le Collectif pour une éducation de qualité avec Normand Baillargeon, Jacques Dufresne et Marie-Éva de Villers.